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Art nouveau

La naissance d'un style
L'intégration des principes de l'Art nouveau chez Louis Majorelle est issue d'un long processus et d'une maturation stylistique très progressive. Il est intéressant à cet égard de souligner l'évolution dont sont susceptibles les artistes à l'intérieur d'un même mouvement. Si l'Art nouveau est animé par un élan et une pensée commune, il se manifeste néanmoins par des réalisations diverses qui traduisent le profond individualisme de ses artistes. Chacun, par ses recherches, ses techniques et ses ressources l'interprète dans une œuvre personnelle.
Deux phases peuvent être distinguées dans l'émergence de ce style chez Louis Majorelle. Les années 1890 sont pour lui celles d'une recherche continue vers une esthétique nouvelle. Après 1894, Majorelle se détache progressivement de ses anciennes références pour privilégier des lignes plus modernes. La nature est source d'inspiration. Il concentre alors toute son attention sur le motif décoratif, qui a pour lui vocation de donner à l'objet le statut d'œuvre d'art ; de fait, il perd de vue l'intégration de l'ornement à la forme qui lui est presque subordonnée.

L'apogée de la marqueterie
Majorelle crée ses plus belles marqueteries entre 1896 et 1900, fortement influencé par le travail de Gallé dans ce domaine. Les décors marquetés de cette époque empruntent leurs sources aux mouvements picturaux en vogue, le symbolisme, ou aux scènes prosaïques de la vie familière. Pour répondre à la demande de luxe, il accentue l'aspect riche, exagérant l'importance des détails, forçant le décor sculpté ou multipliant les effets de marqueterie. Les acajous, les essences exotiques et les bois locaux offrent à l'artiste une vaste gamme colorée à laquelle s'ajoutent des éléments hétérogènes. Il en résulte une œuvre d'exception, construite cependant au détriment de l'objet fonctionnel, à l'image de ses essais présentés aux Salons de 1896 et de 1898.
A la fin des années 1890, si des formes plus modernes, une construction pensée et un style plus affirmé caractérisent ses pièces de mobilier, la marqueterie y tient encore une place importante. C'est le cas dans différents ensembles de meubles exposés au cours de l'année 1900. G.-M. Jacques dénonce alors, dans son article Les Limites du décor, les risques de privilégier l'aspect décoratif au détriment de la forme et de la fonction. Sensible à la critique et soucieux de se différencier de Gallé, Majorelle s'essaie dès lors à un style plus personnel.

Le travail de la forme
En 1901, ses recherches formelles en sont encore au stade expérimental. Mais dès 1902, son œuvre atteste d'importants progrès. Il se débarrasse peu à peu de la fantaisie décorative au profit de la construction. La marqueterie n'apparaît désormais que sur de petites surfaces. Avec le style moderne, le meuble est pensé dans son espace et non plus comme un objet isolé. Un sentiment de souplesse prend possession des ensembles Aux Nénuphars ou Aux Orchidées. La jonction des différents éléments se révèle plus fondue. La forme l'emporte sur le dessin. La marqueterie ne sera pas abandonnée pour autant. Même si elle « fait malheureusement tache dans une œuvre excellente à tant d'égards », comme le note la Revue des Arts décoratifs, elle reste le domaine privilégié de Majorelle qui tient à ses effets picturaux, auxquels néanmoins il ne sacrifie plus ses meubles. En effet, d'autres lois régissent désormais sa production. Les meubles sont charpentés avec vigueur, l'ossature reste essentielle et apparente. La diversité des formes, l'élégance des moulures, la liberté d'allure en font des meubles modernes.
Le début du XXe siècle marque donc un nouveau tournant dans la création de Louis Majorelle, qui est devenu avec Emile Gallé l'un des chefs de file de l'Ecole de Nancy.

La fin de l'Art nouveau / vers un autre art moderne.
Après 1905, le style Art nouveau séduit encore la clientèle mais commence à être décrié par la critique. La modernité n'est plus son apanage ; elle s'incarne désormais dans des formes simplifiées et un décor encore plus épuré. Exposant en 1909 l'ensemble de bureau Aux Orchidées, Louis Majorelle se voit qualifié de « vétéran de l'art décoratif ». Il décide alors d'amorcer un nouveau changement dans sa production et sa recherche formelle.
La Première Guerre mondiale, durant laquelle ses ateliers sont détruits par un incendie, provoque une rupture importante. Majorelle saisit cette occasion et se projette courageusement dans des perspectives innovantes. Le critique d'art Gabriel Mourey le souligne d'ailleurs en 1923 : « Il faut savoir un gré infini à des hommes qui furent les révolutionnaires de la première heure de ne s'être pas entêtés dans les formules du début et de suivre intelligemment aujourd'hui un mouvement qu'ils ont déterminé et qui a été plus loin qu'eux. »