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les meubles Art nouveau

Louis Majorelle, mobilier Aux Nénuphars, 1900 et 1902, musée de l'Ecole de Nancy
Majorelle, guéridon Nénuphar, 1902, musée de l'Ecole de Nancy, cliché Studio Image
L'ensemble Aux Nénuphars (bureau, fauteuil et grande vitrine-bibliothèque) est présenté à Paris lors de l'Exposition universelle de 1900, où la maison Majorelle remporte un vif succès. Le guéridon tripode et le meuble classeur datent de 1902.
Dans ce mobilier, Louis Majorelle cherche à combiner courbe et soin des proportions, créant ainsi un langage nouveau. S'inspirant des principes évoqués par Gallé en 1900 dans Le mobilier contemporain orné d'après nature, il fait de la nature non pas un élément décoratif, mais la structure de l'objet. Ainsi, les meubles semblent jaillir du sol ; les pieds n'ont pas un rôle statique, mais une fonction dynamique. Pour cela, Majorelle utilise les hautes tiges qui, détachées de part et d'autre du meuble, apportent de la légèreté à l'ensemble. La structure du bâti général et la cohésion de l'ornementation sont guidées par la ligne, la souplesse et la solidité de la plante.
L'impression de luxe est apportée par l'association des matériaux précieux. L'acajou rouge et le bronze doré soulignent les lignes végétales.

Louis Majorelle, Victor Prouve et Erard (facteur de piano), piano à queue La Mort du cygne, 1903-1905, musée de l'Ecole de Nancy
Louis Majorelle, Victor Prouvé et Erard (facteur de piano), piano à queue La Mort du cygne, 1903-1905, musée de l'Ecole de Nancy Ce piano, dont trois exemplaires sont connus, était destiné au collectionneur et mécène, Jean-Baptiste Eugène Corbin. Victor Prouvé est l'auteur des dessins des marqueteries, Louis Majorelle ayant assuré la réalisation générale du meuble. L'originalité réside dans la conception du piètement qui semble soulever le piano. Cette sensation d'allégement est accentuée par les lignes dynamiques et ondoyantes des pieds qui font écho au monde aquatique de la marqueterie. Probablement inspiré de l'opéra de Wagner, Lohengrin, le décor marqueté se développe sur la ceinture et le couvercle de l'instrument. La scène principale de la mort du cygne, transpercé d'une flèche, figure dans la partie cintrée du piano. Ce thème symboliste, courant à la fin du XIXe siècle, se retrouve chez Baudelaire, Mallarmé, Tchaïkovski et Saint-Saëns.

Louis Majorelle, buffet de salon Les Algues, vers 1904-1905, musée de l'Ecole de Nancy
Louis Majorelle, buffet de salon Les Algues, vers 1904-1905, musée de l'Ecole de Nancy, cliché Studio Image Un modèle de ce meuble a été présenté à Paris au Salon des industries du mobilier de 1905. Ce buffet traduit une démarche décorative appliquée aux meubles de salon d'allure charpentée. Constitué d'un bâti en noyer, mouluré et sculpté en parties haute et basse, plaqué d'ébène de macassar ou de coromandel, il est orné de marqueteries d'érable, frêne, noyer, amarante, ébène de macassar, maidu, padouk, loupes d'amboine et d'érable, représentant le monde sous-marin. Il s'ouvre en façade par deux portes aux ferrures d'algues appliquées et ajourées en haut relief. Louis Majorelle a recherché le décor floral mais aussi la mise en valeur des bois ; cependant, il reproduira par la suite ce buffet en plusieurs exemplaires avec des matériaux moins onéreux.

Louis Majorelle, bureau d'étudiant, vers 1908, musée de l'Ecole de Nancy

Louis Majorelle, bureau d'étudiant, vers 1908, musée de l'Ecole de Nancy, cliché Studio Image
Le bureau est une pièce unique créée pour Robert Weissenburger, fils de l'architecte Lucien Weissenburger.
Ce meuble est atypique dans les créations de Louis Majorelle. Il est nu, sans décor, d'une grande fonctionnalité, construit d'un assemblage de matériaux riches : sa simplicité formelle étonne. Le créateur rejette par cette forme essentielle tous les éléments décoratifs qui ont forgé son succès. Témoin des recherches expérimentales de l'artiste, le bureau est réalisé à Nancy entre 1908 et 1910. Les matières utilisées sont les seuls ornements : des bois clairs (hêtre) et foncés (sapelli, bois rouge d'Afrique). Des poignées en bronze ciselé et doré ponctuent les tiroirs latéraux.
Le bureau s'élève sur six pieds. Modulable, il est conçu pour être placé au milieu d'une pièce. Il est doté de rangements de tous côtés. Trois éléments polyvalents se distinguent : le caisson de droite, qui contient quatre tiroirs et deux tablettes ; la niche de gauche, surmontée d'un gradin, de tiroirs et de tablettes ; la table enfin, qui dissimule une rallonge escamotable et un tiroir central. Chaque élément contribue à l'architecture de l'objet.
Majorelle amorce ici l'évolution de l'entreprise. Sans réaliser un meuble bon marché, il réduit la marge entre mobilier fonctionnel et mobilier de luxe.
Par ce bureau, Louis Majorelle annonce le mouvement Art Déco qui se développera dix ans plus tard.